Le ministre a récidivé le 5 janvier dernier, lors d'un déplacement en Corse, où il lui a été demandé s'il considérait toujours le "berger de Cargèse" comme l'assassin du préfet. "Si. Vous le savez, il n'y a pas que moi qui le pense. Sinon je ne pense pas qu'on l'aurait gardé en prison", a rétorqué Nicolas Sarkozy.

Pour se justifier Sarkozy fait dire par sa défense :

"Nous sommes en présence d'un mauvais procès", a dénoncé pour sa part l'avocat du ministre de l'Intérieur, Me Jean-René Farthouat. Et de souligner que ce n'est pas le ministre qui avait délivré les mandats d'arrêt contre Yvan Colonna, ni ordonné son placement en détention provisoire ou son renvoi aux assises, mais bien la justice."

Je trouve lamentable cette manière de tabler sur le manque de vigilance du public pour dévier en touche grâce à un procédé basique de réthorique : arguer d'un fait commis par une autorité de l'Etat et qui n'est pas discutable ici pour faire croire qu'il n'y a pas de problème en ce qui concerne les faits qui lui sont reprochés.

Or le problème de Sarkozy est bel et bien qu'il a désigné à l'opinion publique dans le cadre de ses fonctions ministérielles un justiciable comme coupable. Que celui-ci ait été l'objet de mandats d'arrêt, placé en détention provisoire et renvoyé devant les assises n'a jamais autorisé qui que ce soit, encore moins un dépositaire de l'autorité de l'Etat de ce rang (numéro deux du gouvernement), à conclure publiquement à la culpabilité d'un accusé.

Pourquoi alors prendre une telle liberté avec la loi ? Peut-être parce que nous étions à deux jours du référendum sur le statut de la Corse organisé par le gouvernement de M. Raffarin, "porté" et perdu par M. Sarkozy !