Nicolas Sarkozy craindrait-il la lumière des débats face à ses rivaux ?
Par P B le lundi 26 mars 2007, 11:38 - Lien permanent
Betapolitique - En rechignant à participer à un débat avec les principaux candidats, avant le 1 er tour (idée sur laquelle Ségolène Royal se dit ouverte : « nous sommes dans la phase où vont se cristalliser les décisions. » ), Nicolas Sarkozy se comporte comme un rentier qui, fort des sondages le plaçant toujours en tête des candidats pour le 1er tour, ne souhaiterait plus prendre aucun risque et surtout pas celui de la vérité.
Depuis le début de la campagne, la machine sarkozienne est bien huilée : il commence par citer Blum et Jaurès, il assène le « travailler plus pour gagner plus », avant de glisser son projet de supprimer totalement les droits de succession ; quelques semaines plus tard, il lance son idée de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, dans des discours fleuves où le mot France est citée des dizaines et des dizaines fois comme s'il essayait de convaincre quelqu'un qu'il est bien Français et qu'il aime vraiment la France.
Nicolas Sarkozy n'est pas inconscient : il sait bien que son discours est fondamentalement ambigü et a pour ressort élémentaire la manipulation des esprits : pour lui, l'utilisation des mots a précisément ce but : embrouiller les choses, les liens logiques entre les idées et les propositions, proclamer un principe et annoncer dans la foulée des mesures qui iraient dans le sens contraire des objectifs qu'il prétend poursuivre, procéder par des rhétoriques oratoires qui permettent d'amener l'auditoire à peu près où il veut, à grands renforts d'effets de manches et de « trucs » pour capter l'attention du public…
Vous avez remarqué ? Lorsqu'on écoute Nicolas Sarkozy, on se dit souvent à la fin qu'on est en désaccord complet avec lui sur à peu près tout mais, il est difficile de savoir à quelle étape de raisonnement se trouvait le biais, le vice pourrait-on dire. Tout est si bien amené, on passe de l'idée A à l'idée B, grâce à une rhétorique C… Il utilise beaucoup les doubles négatives et les démonstrations par l'absurde : par exemple « si je proposais cela, alors vous me diriez que… » ; « il ne serait pas anormal que… » ; « puisque la France c'est ça, que l'immigration c'est ça et que l'immigration, c'est la France dans 30 ans, et que la France dans 30 ans, il ne faut pas que cela soit ça », alors « vous ne pouvez être que favorable à la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale ».
La même mécanique est systématiquement à l'œuvre. Et si quelqu'un lui fait remarquer que la proposition qu'il énonce est injuste, inefficace ou dangereuse, plusieurs parades s'offrent à lui :
1) « Alors on n'a plus le droit de parler de cela en France ? Il y a des tabous ? » (il est le candidat du courage et de la liberté d'expression)
2) « Je ne vais pas m'excuser de penser que…. » ( suit une idée générale sur lequel tout le monde peut finalement se retrouver) (il est le candidat du consensus et du bon sens ) ;
3) « Je peux vous dire que comme ministre de la République, il n'y a pas un instant où je ne me suis pas dit… » ( suit une idée généreuse et humaine) (il est le candidat le plus humain mais à la fois le plus responsable de tous )
4) « Croyez-vous vraiment que…. » (suit une phrase dans laquelle il montre qu'il sait qu'il apparaît anxiogène pour nombreux de Français. Le fait d'en parler est sensé indiquer que précisément, il est conscient de tout cela. Il veut prouver que cette peur à son égard n'a pas de fondement) (il est le candidat qui rassure et qui va protéger)
5) « Je ne veux pas être méchant, mais franchement… » (suit, sous le ton de la confidence amusée, une critique café de commerce sur telle ou telle proposition d'un autre candidat) (il est le candidat au dessus de la mêlée qui a le droit de distribuer les bons et les mauvais points .)
6) « Sérieusement, vous me décevez (ou un(e) tel(le) me déçoit), je vous (le/la) croyais plus raisonnable… » (suit une explication montrant à quel point une critique formulée à son endroit est irrecevable, voire stupide) (il est le candidat de la combativité et de l'argument d'autorité)
7) « Si vous pensez que c'est en faisant ça qu'on y arrivera, libre à vous ! » (suit un développement dans lequel il caricature la pensée de l'adversaire) (il est le candidat qui va disqualifier l'adversaire en tordant les arguments et les faits qui lui ont été exposés).
8) « et bien moi, je vous vous surprendre, je propose… » (suit une idée classique mais présentée comme totalement neuve et novatrice, sur l'emploi par exemple) (il est le candidat de l'audace et du changement).
Ces stratégies maintes fois mises en œuvres ne peuvent pas être utilisées indéfiniment ; de ce point de vue, Nicolas Sarkozy ne pourrait sans doute pas « tenir le choc » d'une campagne beaucoup plus longue car, à force, les grosses ficelles deviennent visibles pour de nombreux électeurs, même peu avertis et même peu alertés (par les media ou les consciences).
De par sa méthode de communication et sa stratégie politique, Nicolas Sarkozy n'est pas à l'aise dans une situation où ses idées pourront être comparées et jaugées. Il ne pourra pas se présenter comme le candidat de la liberté d'expression face à J-M Le Pen (qui le surpassera toujours dans la surenchère verbale sur le thème de l'immigration ou de la Nation), le candidat au dessus de la mêlée ou celui qui manie l'argument d'autorité (car F. Bayrou est bien décidé à lui voler la vedette avec son « ni droite ni gauche » et ses jugements définitifs sur le « système »), le candidat du sérieux, de l'audace, de la nouveauté face à Ségolène Royal (qui incarne le mieux ses valeurs et qui propose en même temps aux Français un Pacte présidentiel complet ainsi qu'une méthode politique rénovée).
En un mot, Nicolas Sarkozy a sans doute beaucoup à perdre d'une confrontation avant le 1 er tour et la refusera à l'évidence...



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