Toute l'année 2007 aura été marquée par ce crescendo. A mesure qu'avançaient les réformes –agraire, fiscale, sociale, judiciaire, constitutionnelle–, l'opposition a joué l'obstruction. S'appuyant sur les rivalités régionales et ethniques, elle a tour à tour essayé de bloquer l'Assemblée constituante (avant de la boycotter), mené une guérilla parlementaire, et surtout harcelé l'Etat depuis les départements pétroliers et agro-industriels de l'est, qui menacent de prendre leur autonomie. Une stratégie de la division qui dispose d'un scénariste de choix: Philip S. Goldberg, ambassadeur étasunien depuis la victoire de Morales, n'a-t-il pas servi dans plusieurs républiques ex-yougoslaves en voie de sécession? En Bolivie, l'opération n'a que partiellement réussi, La Paz ayant trouvé une issue démocratique à la crise: en 2008, les Boliviens devraient accourir une dizaine de fois aux urnes!
Face à un pays sociologiquement acquis aux projets d'Evo Morales, les stratèges du blocage ont dû concevoir une seconde opération de déstabilisation, menée cette fois dans la rue. Depuis un an et demi, des groupes violents de jeunes s'attaquent toujours plus régulièrement à des militants sociaux. Ces deux derniers mois, on a déploré une vingtaine d'agressions et de tentatives d'intimidation.
Bien évidemment, cette stratégie de tension –dont l'attentat de la COB montre un saut qualitatif– vise à instaurer un climat d'insécurité et de ras-le-bol. Pour l'heure, elle a toutefois échoué à provoquer une réponse musclée du gouvernement, qui aurait pu le discréditer.
Reste une certitude: l'échec de la réforme constitutionnelle d'Hugo Chávez au Venezuela a redonné des ailes à la droite latino-américaine. Pressée par les Etats-Unis de déboulonner le «maillon faible» du bloc socialiste, l'opposition bolivienne n'hésitera plus devant les pires coups. D'autant qu'elle sait acquise la compréhension –voire plus– de la presse et des autres Etats occidentaux... A l'instar de Danielle Mitterrand, les défenseurs de la justice sociale seraient bien avisés de ne pas oublier leurs camarades boliviens en 2008!